Press "Enter" to skip to content

Le bitcoin est-il mauvais pour l’environnement ?

En bref :

La course aux crypto-actifs est aujourd’hui la nouvelle ruée vers l’or, version numérique. Les lingots sont dépassés, place aux pièces et jetons 2.0, qui se déversent sur les marchés au point de créer de nouvelles dynamiques financières. Mais stupeur, en mai, Elon Musk a annoncé que son entreprise de voitures électriques Tesla n’accepterait finalement pas le bitcoin comme moyen de paiement, en raison de l’impact écologique de la monnaie numérique. J’ai décidé de creuser le sujet pour comprendre une telle décision.

💡 Pourquoi c’est intéressant ? La cryptomonnaie est peut-être un nouvel outil économique et technologique, mais son impact écologique, trop peu considéré, pourrait devenir un enjeu environnemental majeur dans les prochaines années.

Les faits : 

🪙 Avant tout, qu’est-ce qu’une cryptomonnaie ? 

– Selon le Larousse, une crypto-monnaie est un «moyen de paiement virtuel utilisable essentiellement sur Internet, s’appuyant sur la cryptographie [ensemble des techniques permettant de chiffrer des messages, c’est-à-dire permettant de les protéger en les rendant inintelligibles] pour sécuriser les transactions et la création d’unités, et échappant à tout contrôle des régulateurs et des banques centrales».

– D’après CoinMarketCap, au 16 juillet, il y a 5 693 cryptomonnaies disponibles. 

– Le bitcoin est la plus célèbre d’entre elles, créée en 2009. Son fonctionnement repose sur la technologie blockchain et le minage. La première consiste en une base de données distribuée, dont chaque bloc contient une partie des transactions réalisées jusque-là (qui achète, qui vend, pour combien, et la sécurisation elle-même, la création du bloc venant certifier que l’échange a eu lieu tout en en chiffrant les détails). N’importe quel utilisateur peut avoir accès à toute la chaîne, donc à l’historique des opérations. Le minage est le procédé au cours duquel des mineursles comptables qui enregistrent chacune des transactions») vérifient et sécurisent ces échanges en résolvant des algorithmes complexes.

♻️ Quel est le lien avec l’environnement ?

– Selon le Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index, au 10 mai 2021, le Bitcoin consommait l’équivalent de 149,37 TWh (térawatts-heure) par an, soit plus que la consommation électrique annuelle de l’Égypte ou de la Suède. Par ailleurs, il rejetait 55,27 Mt (méga-tonnes) de CO2 soit l’équivalent des rejets de CO2 de Singapour. 

– En comparaison, l’ensemble des datacenters de la planète consommaient 205 TWh en 2018. Selon Georges Kamiya, analyste à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Google aurait consommé 12,9 TWh en 2019 et les véhicules électriques 80 TWh. 

– Selon le New-York Times, l’activité du Bitcoin consomme la même quantité d’électricité que l’état de Washington et 7 fois plus que toutes les opérations de Google réunies.

– Cette forte consommation d’électricité du bitcoin provient de la complexité des algorithmes à résoudre lors du minage, qui implique une puissance de calcul très conséquente des ordinateurs. 

🏭 Qui produit ?

– En avril 2021, la Chine hébergeait près de 46% du minage mondial de bitcoin selon le Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index de l’Université de Cambridge. Elle tire l’énergie nécessaire à ce minage principalement d’un charbon très polluant, le lignite. Les États-Unis, deuxième pays de minage, accueillaient 16,85% de l’activité.

– Le 6 avril, la revue Nature a publié une étude qui conclut que, sans régulation, le minage de bitcoin en Chine pourrait consommer près de 297 TWh en 2024 (autant que l’Italie en 2019) et émettre plus de 130 millions de tonnes métriques de CO2. 

– Depuis le mois de mai 2021, les institutions financières, banques et entreprises chinoises ne peuvent plus proposer de services liés aux cryptomonnaies, en raison de leur aspect «trop volatile, créant des instabilités boursières non négligeables». Dans son ambition de devenir une nation plus verte, la Chine a par ailleurs interdit en juin le minage des cryptomonnaies dans la province du Sichuan, responsable de 90% du minage chinois. 

💨 Le bitcoin polluant, vraiment ? C’est sur cette question que les avis divergent.

– Pour certains, le bitcoin ne serait pas si nuisible à l’environnement que ses détracteurs veulent le dire. Selon des études, 75% de l’énergie consommée par le minage de bitcoin serait renouvelable (géothermie, hydroélectricité, photovoltaïque).

– Sébastien Gouspillou, président de Bigblock Datacenter, expose que le bitcoin serait la solution pour consommer le surplus d’énergie parfois produit et inexploité, notamment par le nucléaire ou l’hydroélectricité, en installant des centres de minage à proximité des moyens de production. 

– L’impact environnemental du bitcoin aurait été surestimé selon une étude parue dans Environmental Science and Technology, puisque le bitcoin consommerait 31,29 TWh par an, pour un rejet carboné de 17,29 Mt. – Selon cette étude, la majorité des fermes de bitcoin se situent dans la province chinoise du Sichuan, où l’électricité est produite principalement par l’énergie hydroélectrique. Mais lors de la saison sèche, ces fermes migrent au nord, où l’électricité est là produite par le charbon, plus polluant.

[Modifications 27.07.21: actualisation du pourcentage de minage qu’héberge la Chine]
[Modifications 06.09.21 : ajout du paragraphe concernant la consommation d’énergie du Bitcoin, selon l’article du NYT]

Pour compléter ou corriger cet article-ci et apporter vos sources, 📝 rendez-vous sur sa version participative ou venez 💬 en discuter avec nous, sur Discord.

Comments are closed.

Mission News Theme by Compete Themes.