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La joie de rater quelque chose – Flint Dimanche 53

Je vais te raconter une histoire. Ce n’est pas la mienne mais ça pourrait être la mienne, ça pourrait être aussi la tienne d’ailleurs. Thomas Baekdal est le patron d’un magazine qui parle des médias d’information. L’an passé, il a décidé de faire une expérience un peu vertigineuse : ne plus regarder d’infos pendant un mois, pour voir si ça changeait quelque chose. Et ce qu’il a découvert l’a beaucoup perturbé.

Avant de faire ce grand saut complètement schizophrène, Thomas s’est intéressé à un phénomène dont tu n’as peut-être jamais entendu parler. Mais que tu as peut-être déjà éprouvé dans ta vie d’humain ou d’humaine du monde de l’après Covid-19. Et peut-être même avant. Parce qu’en fait ça fait longtemps que cette maladie nous atteint sans que nous y fassions forcément attention.

Cette maladie s’appelle la « news fatigue ». La fatigue d’infos, si tu veux. Si tu lis mes lettres du dimanche à peu près régulièrement, tu as peut-être noté que j’y parlais de moins en moins d’actualité et de plus en plus de respiration, de vacances et de trucs cool qui font du bien. Je ne le réalisais pas, mais c’est le symptôme de la fatigue d’info. En fait, depuis quelques semaines, fou que je suis, je continue de passer en revue une grande partie de tout ce que les robots Flint me remontent pour voir ce que je pourrais en tirer d’intéressant pour toi. J’y passe plusieurs heures. Je clique sur ce qui m’interpelle, j’essaie de faire des liens, j’essaie de voir si, parmi ce premier tri déjà très qualitatif de Flint, quelque chose commence à émerger qui fasse sens, et que je pourrais exploiter. Mais tu sais quoi ? Mon doigt a de plus en plus de mal à cliquer, c’est comme s’il avait une crampe. Et mon cerveau n’a pas du tout envie de suivre. Pourquoi ? Que m’arrive-t-il ? Ou plutôt qu’arrive-t-il à mon. doigt ? Cela t’est-il déjà arrivé ? Tu as une explication ?

Dans son expérience relatée à l’occasion d’une étude pour l’EBU (l’association européenne des médias de service public), Thomas Baekdal relève que la « news fatigue » touche déjà près de deux tiers des Américains, qu’entre 18 et 50% de la population mondiale consomme peu d’info, tandis qu’entre 3 et 7% évite désormais de s’informer tout court. Ça fait beaucoup de crampes du doigt.

Thomas a donc décidé de faire l’expérience suivante : ne plus lire aucune information, même en provenance des réseaux sociaux, afin de voir ce qui lui arrivait. Résultat ? Rien.

Tu connais ce phénomène que l’on appelle le FOMO ? Non ? Alors je vais commencer par t’apprendre un acronyme (c’est à dire un mot composé de plusieurs initiales et qui sonne comme un mot alors que non). Le FOMO c’est le « Fear Of Missing Out ». La « peur de rater quelque chose ». On est accro à l’info de peur de rater quelque chose d’important, en général pour son boulot.

Eh bien durant ce mois béni, Thomas a éprouvé le… JOMO. The Joy of Missing Out. La joie de tout rater.

Pire (ou mieux), à la fin de son expérience, il s’est évidemment jeté sur ses médias préférés pour regarder tout ce qu’il avait manqué pendant un mois (je te rappelle que son métier c’est justement les médias). Il y avait bien sûr quelques « grosses informations » qu’il avait ratées, je veux dire qui faisaient la une et semblaient beaucoup occuper les médias. Mais Thomas a réalisé qu’aucune de ces infos n’était intéressante, enfin après un mois. Au bout de quelques jours, toutes ces infos qui semblaient importantes n’avaient plus aucune valeur. « Aucun impact persistant », comme il l’écrit lui-même. Thomas s’est dit : pourquoi regarderais-je ces infos puisqu’elles ne m’aident en rien ?

Je te laisse méditer tout ça.

Bon, si ça t’intéresse, mais tu n’es pas obligé(e), je te propose de pousser encore un peu plus loin le vertige pour voir si ça nous mène quelque part. Ou pas.

Après son expérience traumatisante, Thomas ne s’est pas reconverti dans la production de tomates bio, mais il se pose toujours beaucoup de questions sur la valeur de son métier. Il a essayé de classer les infos en fonction du « bon usage de mon temps ». Soit celles qui impact ma vie (bon usage), celles qui m’intéressent (bon usage mais moins bon), celles dont je peux tirer un bénéfice (usage moyen et un peu compliqué à déterminer) et celles qui ne m’apportent aucun bénéfice (mauvais usage).

On pourrait penser qu’il a trouvé un début de solution avec son histoire de bénéfice de l’info, mais c’était sans compter sur la complexité de la vie. Parce qu’en fait, le volume d’infos, notamment contradictoires, est tellement important, que l’on y perçoit de plus en plus de dissonances. Ce qui fait beaucoup baisser la valeur de l’info, du coup.

Prends par exemple cette enquête « exclusive » de l’association Oxfam qui « révèle » que les entreprises du CAC 40 ne suivent pas du tout la trajectoire carbone nécessaire pour éviter le réchauffement climatique. En lisant le tirte, tu te dis : « ouah, c’est scandaleux ça » et tu t’énerves d’une saine colère mâtinée d’un fatalisme coquet. Sauf que si tu creuses un peu, tu finis par te poser la question suivante : mais que disent vraiment ces chiffres ? Ça veut dire quoi une entreprise qui ne suit pas la trajectoire bas carbone et commence mesure-t-on précisément l’impact de ce non-effort sur le réchauffement climatique du monde entier en général ? Tu le sais ? Non pas qu’il n’y ait pas de réponse, mais la connaître prendrait du temps. Et pourtant, c’est important de pouvoir mesurer cet impact pour savoir si cette info est importante ou pas par rapport à d’autres infos relatives au réchauffement. Du coup la lire ne me sert à rien, sauf à m’énerver et à pousser des « oh et des ah, bien sûr ! ». Ou sauf à passer deux heures derrière à vérifier l’impact précis de ces chiffres qu’on me jette en pâture en tapant des mots clés sur Google. Si j’y arrive. Mais vais-je y arriver où est-ce un puits sans fond ? Et qui, parmi les experts qu’on voit à la télé, a vraiment fait ce travail avant de pousser des cris scandalisés ? Et c’est comme ça pour presque toutes les infos qui semblent importantes ou choquantes. C’est épuisant.

On le réalise encore plus depuis la crise de la Covid-19 : le monde est tellement incertain et complexe, que presque chaque info recèle une ou plusieurs failles. Si bien que tu finis par te demander : si cette info a autant de failles que je n’ai pas le temps de vérifier qu’est-ce que je peux bien faire de cette info ? Qu’est-ce qu’elle me dit vraiment d’intéressant ? Qu’est-ce qu’elle m’apprend ? Et si elle ne m’apprend rien elle me sert à quoi ? Oui parce qu’en plus je manque de temps, je manque tout le temps de temps. Alors pourquoi m’encombrer d’infos que je ne retiendrais pas quelques jours plus tard ? Qu’apprendre de ces infos ?

La relation entre information et savoir peut sembler surprenante. Il y a quelques années encore, on séparait aisément les deux. L’info c’était pour avoir des nouvelles du monde en général. Le savoir, c’était ce qui me permettait de faire mon métier, par exemple. Sauf que comme le monde est de plus en plus incertain et complexe, le savoir est vite balayé par l’information nouvelle. Donc s’informer c’est désormais construire son savoir. D’où l’importance de bien faire le tri entre l’info qui m’apprend quelque chose et celle qui ne m’apprend rien, sinon je vais droit au burnout. Mais comment faire ?

Dans un post un peu énervant publié sur la plateforme Médium, Michael Simmons propose une méthode. Pour lui, l’accumulation de l’info et de la connaissance ne nous rend pas plus intelligents, ni même plus sachants. Donc ça ne sert à rien de courir après elle. C’est un mythe. Il suggère donc une approche itérative de l’information et du savoir :

1) Je récupère toutes les données intéressantes auquel j’ai accès à un instant T, même si je sais qu’elles sont incomplètes et sans doute périssables.

2) Je leur donne un sens en reliant tous les points.

3) J’en tire des conclusions et des actions concrètes très vite.

4) Je vérifie le résultat et je corrige.

Cette méthode peut sembler critiquable parce que relier des points à partir de données incomplètes c’est justement ce qui nous amène vers des théories fausses, voire complotistes. Mais peut-on faire autrement ? On ne retient que ce qui fait sens. Le reste on l’oublie.

Dans « Paradis Perdus« , le premier tome d’un fabuleux chantier romanesque entamé par l’écrivain Eric-Emmanuel Schmidt, l’auteur raconte les premiers pas de l’humanité. Dans ce monde très ancien et obscur, tout est incertain et inconnu. Les connaissances ne vont pas au-delà de quelques kilomètres autour du village, ni plus loin que quelques pratiques basées sur l’expérience et l’intuition, pour ne pas dire la superstition. Mais quand un malheur menace la communauté, il faut agir vite et faire bouger tout ce monde pour qu’il invente une solution. L’eau va submerger le village, ce qui semble impossible à tout le monde. Pour survivre, il faut créer des maisons-bateaux, sauf que personne ne sait faire de bateau. Pour faire bouger, en moins de quelques jours, l’ensemble du village, le chef du village doit être capable de donner sens aux moindres signes qu’il collecte, en sachant que cette construction n’est pas complètement vraie (et se révèlera en partie fausse par la suite) pour mettre en mouvement la communauté et lui faire inventer l’impossible.

Il sait qu’il y a une part de mensonge dans ce qu’il fait, mais s’il ne l’avait pas fait, le village aurait été détruit. Dans cette histoire, le faux est donc un mal temporaire (parce que vite dévoilé) mais nécessaire pour donner du sens et mettre un collectif en mouvement. A condition d’être vite corrigé, sans acrimonie, pour ensuite reformuler un autre sens, tout aussi temporaire. On en arrive à cette question vertigineuse : à quoi sert la vérité si elle nous paralyse ?

Je te laisse avec cette question très perturbante pour occuper la suite de ton dimanche. Et je serais très intéressé par les réflexions qu’elle t’inspirera !

Nos minutes suspendues

Cette semaine j’ai encore reçu quelques « minutes suspendues » de la part de lecteurs de Flint Dimanche, en écho à la phrase de l’écrivain Christian Bobin, ces minutes au cours desquelles la vie nous semble vécue la plus intensément. Parmi elles, l’histoire de Chloé m’a tétanisé par sa puissance humaniste et romanesque. Elle m’a fait pensé à un passage du roman 1Q84 d’Haruki Murakami. Un enfant qui vient prendre la main de l’autre. La suite de l’histoire du roman n’est pas la même que celle de Chloé, mais j’y ai reconnu la même flamme. Voici son histoire, suivies d’autres minutes qui te feront voyager au pays du temps retrouvé. Je te laisse avec eux et je te retrouve juste après. 

Chloé et la main tendue

« Je réponds avec un peu de retard mais en ce moment je me noie dans un verre d’eau. Je comprendrais donc que ce message qui arrive après la bataille parte dans la corbeille 😉

Pourtant, il m’a semblé important d’écrire mon moment suspendu, beaucoup pour moi je penses, parce qu’en lisant tes lignes la semaine dernière, il m’a sauté au visage de manière inattendu, parce que c’est un souvenir très ancien, peut être un de mes premiers, surement un de mes plus précieux, même si c’est l’un des plus simples.

Un moment suspendu dans ma vie:

J’avais environ quatre ans et j’allais à l’école maternelle. J’étais un peu triste cette année-là. Mon père avait eu un grave accident de moto et on ne savait pas à quel point il serait handicapé. Après un peu de coma il était parti en centre de rééducation, hospitalisé en continue. Je ne sais plus exactement quand cela s’est passé, mais je crois qu’il n’était pas encore rentré à la maison. Je ne comprenais pas tout mais je n’étais pas au top.

Enfin bref, dans notre petite école de quartier, tout le monde se connaissait. Notre école c’était deux classes de 23 élèves : une de petite/moyenne section et une de grande section/CP. Tout le monde se connaissait. On était 3 copines, j’étais la plus petite, celle en petite section. Quand la maitresse nous à dit de nous tenir la main deux par deux, je me suis retrouvée toute seule, à devoir aller au fond, toute perdue. Tout le monde a déjà connue cette sensation de rejet.

Ma détresse a dû se sentir, je crois même peinais à retenir mes larmes, j’étais très émotive à l’époque. Les détresses des enfants sont parfois futiles. Alors, il s’est passé un truc tout bête, un truc de dingue pour moi à cet instant, j’ai senti une main saisir la mienne, j’ai relevé la tête et un petit garcon de mon âge me faisait un grand sourire. Il avait lâché la main de son meilleur ami pour venir prendre la mienne (j’étais passée devant eux en remontant la file).

C’est fou, aujourd’hui j’ai 25 ans. J’ai vécu quelques mois à l’étranger, j’ai fait et fini des études, j’ai travaillé, j’ai rencontré des gens, beaucoup voyagé, vécu des aventures de fous … Ce garcon, je l’ai connu de plus ou moins loin jusqu’au lycée, on s’est apprécié, on s’est détesté, on a été indifférent et enfin on s’est perdu de vue… Malgré tout ça, je me souviens comme si c’était hier de cette scène et son regard, et la sensation de sa main dans la mienne et de l’extrême joie que cela m’avait procuré, teintée de gratitude.

Pour la question de cette semaine, l’hygiène informationnelle c’est avant tout ne pas se gaver d’information (chose que je dis aisément mais que je fais moins aisément). Je suis d’accord sur le fait qu’il est important de faire travailler son esprit critique et son empathie, moins sur la partie sur la curiosité. En effet, la curiosité s’est comme l’imagination, elle ne doit pas se brider, il faut donc pouvoir la laisser s’éparpiller. Sinon, on ne peut pas être curieux de tout, et être curieux de tout pour pouvoir avancer. En étant curieux sans s’éparpiller on bride son esprit en le limitant qu’à ce qu’on a déjà « penser » sans laisser de place à l’inconnu. Ensuite, l’appétence nous fait creuser certains sujets. Mais ceci est une autre histoire, car quand on creuse, la curiosité devient, pas à pas, connaissance.

Mon mail est déjà long, si tu l’as lu jusque-là, je m’en rends compte et je m’en excuse. Je voulais juste te dire, Flint, que tes Flint dimanche sont une bouffée d’oxygène pour moi. Je suis au tout début de ma carrière et pourtant, le covid m’a ramené chez mes parents, sans emploi, loin de ma vie sociale. Je ne suis pas la plus à plaindre, mais j’avoue que le temps se fait long. J’ai l’impression de ne plus savoir rien faire et je passe mon temps à la recherche d’emploi et veille industrielle (plus quelques taches domestiques et routinières). A début, je n’ai pas lu les Flint Dimanche, c’était long, j’avais la flemme, et un jour je les ai regardés. Depuis, ils me font sourire chaque dimanche et m’offre une petite bouffé d’oxygène dans ma routine si vide et où pourtant j’ai l’impression d’étouffer. Alors, merci beaucoup pour ces sourires et cet air frais. »

Michel entre le feu et la plume

« Ta suggestion de retrouver un moment clef de ma vie m’a un peu désarçonné. Un moment marquant, dans ma vie qui commence à tirer en longueur ? Il y en a eu tellement. Apparement décisifs sur l’instant, dérisoires à l’épreuve du temps ; se bousculant parfois, en cascade. Vite rangés dans la boite à souvenirs, stratifiés, oubliés …


Alors, bien sur, la naissance d’un enfant ; le décès de proches, parents ou amis ; ma première nuit d’amour … Instants forts, certes, mais qui ne les a pas connus ? Rien d’exceptionnel, ni de très personnel dans tout ça.


Et puis, une petite mécanique s’est enclenchée qui à fait remonter à la surface de mon souvenir deux expériences, fortes qui, chacune à sa manière, ont contribué à ma construction personnelle.


La première remonte aux années folles où je m’essayais à la compétition automobile. Rallye du Var 1974. J’occupais le siège du passager (le navigateur) dans la CAPRI RS de mon ami Jean-Luc. Un monstre de 300 CV à peu près inconduisible … sauf par lui. Une commande d’accélérateur devenue capricieuse a rendu soudain la machine parfaitement infernale. La puissance n’arrivait pas ou alors se déclenchait brutalement. Des travers diaboliques entre le talus et le ravin … J’aurais du être tétanisé par la peur. Hé bien, non. Pas un instant. La confiance absolue dans le talent de mon pilote et ami, mon engagement total à ses côtés, la conscience que nous étions tous les deux engagés dans le même mouvement … Je ne sais pas dire pourquoi, mais, à la réflexion, j’ai prIs conscience cette nuit là que la peur n’avait rien d’inéluctable et que la notion d’impossible était, en fait, toute relative.
En revisitant mon parcours de vie, je me dis que cette expérience m’aura certainement aidé dans certaines circonstances complexes.

La deuxième, est d’un tout autre ordre. Davantage bucolique. C’était un petit matin, légèrement brumeux, au bord d’un étang proche de la Durance. Inconfortablement recroquevillé, dans un affut de fortune, l’œil rivé à l’œilleton de mon appareil photo je guettais l’arrivée du Martin-Pêcheur que j’avais repéré quelques jours auparavent. La douceur du moment, les odeurs de vase et d’herbe fraiche, la lumière pastel du soleil levant et soudain, un cri bref, aigu, et le voilà posé sur une branche morte à quelques mètres. Magique ! Il plonge avant que j’ai pu réagir pour revenir aussitôt, un gardon dans le bec. Mon souffle est court, je suis fasciné par ce superbe oiseau, son plumage que le soleil naissant irise de mille reflets, l’assurance de son attitude. Et je reste là, bouleversé par l’émotion, sans même songer à déclencher. Photo ratée, mais souvenir inoubliable. J’ai compris à cet instant ce que signifie être en communion avec la Nature. Je l’ai éprouvé, au sens plein du terme, en même temps que le sentiment puissant d’être à ma place. Totalement.


Un sentiment qui peut se muer en solide point d‘appui dans un moment de doute. »

Mélanie et l’enfant retrouvé

« J’ai réfléchi à ta question et la réponse que j’ai eu m’a surprise.

Avec mon mari on essaye d’avoir notre 2eme enfant mais rien. On fait des examens et le verdict tombe la 1ere semaine du confinement 2020. Il faut partir en fécondation in vitro car une maladie.

On ne peut rien faire. Rien. Je suis impuissante.

Je vais enfin à ce 1er rdv et : faut pas être trop optimiste y a peu de chance que ça marche et comme vous avez déjà un enfant on ne s’acharnera pas. Pourquoi je ne sais pas.

Et là le sol s’écroule. Je ne suis pas une personne dépressive mais ce vide intérieur cette sensation qu’une partie de moi est morte à l’intérieur sans que personne ne m’ai prévenue. Seule. Désemparée.

C’est le moment où quelque chose en moi à craqué. Ça faisait 15 ans que je vivais sans me sentir en phase avec moi même. 15 ans que je cherchais quoi comment ?

Et là cette impossibilité de continuer.

Je la fais courte pour la suite. J’ai senti que ce n’était plus possible alors je me suis fait violence et je me suis posée des questions auxquelles je me suis interdit de me dérober. J’ai fait ma propre thérapie 😂

J’ai réalisé que je ne vivais pas dans l’instant mais dans le futur. Que tout devait être parfait et que je passais mon temps à me décevoir.

Et plein d’autres choses. Je suis allée au bout du bout et à un moment je me suis dit là ok c’est bon. Même si j’ai pas ce 2eme enfant je serais ok avec moi même mais je lui ai dis tu peux aussi venir genre maintenant ? 😅

Aujourd’hui malgré les pronostics très très défavorable je suis enceinte.

Je me suis dit ces minutes qui m’ont marquée ? Quand j’ai appris que j’étais enceinte ?

Non, quand j’ai appris que je ne pourrais probablement pas avoir d’enfant parce que c’est là que je me suis sentie enfin vivante.

Même avant d’être enceinte je me suis dit c’est dingue mais c’est la meilleure chose qui me soit arrivée. Je ne passerai pas à côté du reste de ma vie. »

Tiphaine et les coccinelles

« Le temps suspendu, c’était l’enfance. Quand je passais des heures à regarder un nid de coccinelles (en essayant en vain de les transporter dans mon bob), courir les grosses fourmis sur les murs de ma maison (en en écrasant quelques unes au passage), et quand je jouais, plongée dans un monde parallèle qui semblait si réel, coupé du temps. Puis la naissance de mon fils. Passer ses premiers mois à le regarder changer chaque jour, suivre son rythme, réapprendre à ne rien faire d’autre que vivre, au sens primitif. Respirer, manger, dormir, éliminer, s’émerveiller et apprendre. Entre ces deux époques, j’ai abandonné mon smartphone. J’en parle d’ailleurs dans cet article. C’est ce qui -ironiquement- m’a reconnectée avec la vie lente. Il m’était nécessaire de prendre du recul avec la sur-stimulation imposée par notre monde, et de choisir de prendre le temps, au lieu d’être prise par le temps. D’arrêter de consommer de manière compulsive et instantanée réseaux sociaux, informations stressantes, vêtements mal faits, déco et chinoiseries qui nous encombrent l’esprit et l’espace, et nous empêchent de penser.

Alors que justement, c’est lorsqu’on se laisse du temps qu’on est le plus créatif.

On nous vend toutes sortes de méthodes et d’applis pour méditer et se reconnecter à soi dans le but de retrouver ces sensations perdues de l’enfance, mais la méditation s’offre à nous gratuitement dès lors que l’on prend le temps de ne rien faire, de déconnecter pour se reconnecter. Aujourd’hui me voilà redevenue actrice de ma vie, plus lente et oisive, un peu en décalage mais sans décrochage, et qui me donne ce luxe d’être présente à moi et aux autres, tout le temps. »

Geneviève et les grenouilles

« Une petite réponse sur les vacances, puisque en tant qu’enseignante, j’en suis une experte, tu penses bien 😉

À vrai dire, mes vacances ressemblent le plus souvent à ce que tu décris des « demi-vacances », avec une part de repos et une part de travail. Et, le travail n’est jamais bien loin, parfois il ressurgit même dans les moments où je me crois 100% en vacances, au détour d’une visite ou d’une lecture (tiens, je ferais bien ça avec mes 6e/5ᵉ/4ᵉ/3ᵉ… cette année, je pourrais l’amener comme ça…) Mais en tant qu’experte, je peux dire que le meilleur jour de l’année est toujours le premier samedi des grandes vacances, celui où tu as vraiment le sentiment d’avoir tout ton temps (après, on est vite rattrapé par les choses à faire, les gens à voir, les bagages à remplir ou vider…)

Mais le premier samedi, c’est le jour du temps suspendu, le seul où je m’accorde réellement, en toute conscience, le droit de profiter de chaque moment en suivant mes envies, et un de mes plaisirs absolu est de m’installer dans un fauteuil du salon ou du jardin avec un café et un bon bouquin que peut-être je peux décider de finir dans la journée parce que j’ai le temps. Au fond, le seul vrai luxe, c’est le temps. (C’est la raison pour laquelle les vacances des enseignants sont si souvent jalousées, j’ai fini par le comprendre, même s’il y a peu d’autres avantages en nature dans notre métier et des salaires qui se réduisent comme peau de chagrin). Mais, nous avons un rapport au temps bizarre et toujours vaguement l’angoisse de le perdre, de le gaspiller. Un autre temps que je trouve précieux est celui que je prends désormais les dimanche matin pour déguster la newsletter de Flint (là aussi, avec un peu de café, c’est super).


Pour mes minutes suspendues, je me rappelle une balade que j’avais faite il y a deux ou trois ans sur les bords d’un étang à Sarrebourg, pendant que ma fille suivait son cours de danse. Je me suis assise sur un banc face à l’eau et j’ai pris un moment de pleine conscience, en ôtant mes lunettes, en regardant la surface de l’eau, le soleil qui jouait sur cette surface, en écoutant le chant des grenouilles et les cris et rires des enfants un peu plus loin, en sentant un vent doux sur moi. Là, j’ai eu vraiment le sentiment de faire un tout avec l’univers, une sorte de bascule méditative parfaite, avec le sentiment d’une harmonie et d’un équilibre parfaits. Je suis repartie ensuite emplie d’une joie que j’avais envie de partager avec la terre entière, je souriais à tout le monde. J’ai repensé aux méditations métaphysiques de Rousseau, il décrit un moment exactement semblable; que j’avais lu et étudié pendant mes études, mais là, je l’expérimentais. Du coup, cela me connectait non seulement au monde et aux êtres présents, mais aussi aux humains du passé, qui avaient expérimenté et essayé de partager, eux aussi, cette expérience ineffable.

Franchement, la collecte de ces moments, c’est une bonne idée. »

Le temps jamais retrouvé

« Être c’est avoir du temps », écrit Pascal Chabot dans « Avoir le temps » (un livre que j’ai découvert cette semaine et que je te recommande). « Et ne jamais avoir le temps, c’est être à moitié, vivre à demi. » Bon, on ne peut pas toujours être en vacances sinon on s’ennuierait (enfin je crois), mais comment se débarrasser de cette impression de ne jamais avoir assez de temps pour faire tout ce que l’on veut faire + les trucs sympa de la vie + lire ce qu’on n’a pas le temps de lire + se mettre au piano + voir ses amis plus souvent + écrire ce livre + regarder Netflix + faire plus de sport + ne rien faire et regarder les coccinelles ? Comment retrouver le temps que l’on a toujours l’impression de perdre ? Le temps de l’oisiveté (qui est le temps des oiseaux), c’est le temps personnel. L’autre, c’est le temps de la société, que l’on est bien obligé de suivre si l’on veut vivre en société. Mais on se retrouve toujours face à cette tension, ce paradoxe, de toujours manquer de temps.

L’accélération nous force à créer des mécanismes, mais ces mécanismes nous poussent peu à peu vers une forme d’ignorance, tandis que nous avons le sentiment d’être surinformés. Le monde change, et notre gestion du temps aussi, peut-être faut-il inventer un nouveau cadre pour pour rééquilibrer nos temps. Pour prendre un peu de hauteur face à ce temps qui semble toujours s’accélérer et nous mécaniser. Je vais y réfléchir et je reviens la semaine prochaine, si tu veux bien 😁.

Profites-en pour m’écrire ce que tu en penses, ou pour partager, toi aussi, tes minutes suspendues ! Je crois que ça nous fait du bien à tous ! En tout cas moi j’aime bien.

Ce billet est un extrait de la lettre hebdomadaire « Flint Dimanche », qui explore avec toi comment nous pouvons mieux nous informer dans un monde rempli d’algorithmes. Pour la recevoir, abonne-toi à Flint ici. Tu recevras également gratuitement chaque jour une sélection de liens personnalisée, envoyée par l’intelligence artificielle de Flint.

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