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Le meilleur journal du meilleur dimanche – Flint Dimanche 50

Il y a un truc que l’on dit souvent dans la « Startup Nation », chez les entrepreneurs si tu veux, allez, et même dans le milieu professionnel en général. On dit : « il faut rester focus ». Et, c’est vrai, c’est important de rester focus. Surtout quand on manque de temps et de moyens. Et puis rester focus ça permet de mesurer ce que l’on fait. Parce que si tu n’es pas focus et que tu pars dans quarante milliards de directions à la fois, à la fin tu n’as plus aucune idée de pourquoi tu t’es planté. Tu me diras : « bah si, c’est parce que tu n’as pas été focus ». En fait, surtout : c’est parce que tu n’es pas allé au bout de chaque idée. Et dans cette nébuleuse joyeuse, il y avait peut-être de bonnes idées. Mais comme on dit (et je dis souvent ça moi aussi), « les idées, ça ne sert à rien, c’est ce qu’on en fait qui importe« .

Bref, maintenant que je t’ai inondé de sagesse entrepreneuriale, j’aimerais te dire un truc. Par exemple exactement le contraire.

Et si on avait besoin de ne pas être focus justement ? Et si être dispersé ça fait peur, mais c’est bien aussi ?

C’est comme la respiration. Il faut peut-être les deux.

1. Tu inspires : et là c’est la grande dispersion qui part dans tous les sens et qui fait peur parce qu’on perd un peu pied.

2. Tu expires et là c’est bien. Tu es focus, concentré, un(e) vrai(e) décideur(se) qui mange du quinoa et qui réussit sa vie.

Voilà. Donc, ces dernières semaines vois tu, je me suis senti très dispersé et j’avais mal à ma réussite au quinoa.

Au début, c’était le bonheur total parce que c’était la liberté. Et puis après ça commençait à être légèrement flippant, un peu comme le petit garçon dans Astérix en Hispanie qui retient sa respiration pendant très longtemps.

Tu as des étoiles à l’intérieur des yeux, ça commence à clignoter de partout, il est temps de faire quelque chose. Expirer par exemple.

La semaine dernière, nous avons accueilli la deuxième salariée de la nouvelle équipe de Flint. Et j’ai senti que son arrivée sonnait comme la fin de la récréation. Julia Padilla a 26 ans, et nous rejoint comme responsable des ventes.

Après trois jours passés à nous observer, elle m’a dit, avec un grand sourire gentil mêlé de pragmatisme implacable : « Vous êtes un peu dispersés j’ai l’impression« . Deuxième sourire bienveillant. Mais pragmatique.

Après notre levée de fonds, fin novembre, nous avions prévu de nous laisser trois mois pour inspirer et prendre du recul, au lieu de foncer tête baissée. Trois mois absolument fascinants durant lesquels nous avons recueilli beaucoup de données sur l’état de l’information dans le monde, sur les réponses proposées par les acteurs de l’info, et par de potentiels concurrents, sur l’usage qui était fait de Flint par nos utilisateurs également. Nous avons aussi posé beaucoup de questions à la communauté et avons fait analyser les réponses par un sociologue. Nous avons interrogé l’usage de chacun de nos abonnés payants et remis de l’ordre dans nos finances. Nous avons nettoyé nos algorithmes et notre plateforme, parce qu’on ne passe pas comme ça d’un projet monté dans un garage à une vraie entreprise. Un peu comme on récure un navire de fond en comble avant le grand départ.

Nous avons eu cette chance de prendre le temps. De prendre un peu de hauteur et de nous hisser sur la pointe de nos imaginations avant de larguer les amarres en hurlant comme des conquérants. Du coup, c’est vrai, Flint ressemblait un peu à une chambre d’ado pas rangée remplie de coffres à jouets et de bouquins empilés sur des étagères, quand Julia est arrivée.

La semaine prochaine, tout l’équipage (dont une bonne partie ne s’est jamais vue en vrai, merci le virus) se réunira durant trois jours pour trier tout ça, décider de qui nous sommes, où nous voulons aller et comment nous allons y aller. Fin de l’inspiration, début de l’expiration. J’ai hâte.

Ça m’a beaucoup fait réfléchir cette histoire de dispersion et de focus. Cette idée de respiration. Et je me suis demandé s’il ne fallait pas que nous conservions ces mauvaises habitudes, en même temps que les bonnes, une fois que nous aurions pris la mer.

Inspirer avec désordre, expirer avec précision, puis inspirer une nouvelle fois. Partir dans tous les sens, être focus à nouveau, analyser, et lâcher prise encore. Comme un bateau qui avance sur l’océan agité. Dis moi, est-ce que c’est mal de se disperser ? Est-ce qu’on n’a pas besoin de ces deux temps, précisément ? Est-ce qu’il ne faut pas s’offrir le luxe de la respiration même quand on manque de temps ?

Je me suis dit : est-ce que ce n’est pas ça une entreprise moderne ? Est-ce que ce n’est pas ça, Flint, au fond ? Est-ce que ce n’est pas ça s’informer dans un monde chaotique ? Une respiration ?

Il y a le Flint que tu connais : un ensemble de ressources fondées sur l’intelligence artificielle pour s’informer rapidement de façon plus pertinente.

Et puis il y a le Flint Dimanche, cette lettre indisciplinée où l’on s’inspire ensemble, et où l’on explore, où l’on prend le temps de s’interroger et de partager.

Flint Dimanche, une lettre et c’est une porte. C’est « dessiner une porte », comme l’écrit Christian Bobin.

Dans son livre, « L’homme-joie », l’écrivain en parle comme ça :

« Partons de ce bleu, si vous voulez bien. Partons de ce bleu dans le matin fraîchi d’avril. Il y avait la douceur du velours et l’éclat d’une larme. J’aimerais vous écrire une lettre où il n’y aurait que ce bleu.

(…) Nos pensées montent au ciel comme des fumées. Elles l’obscurcissent. Je n’ai rien fait aujourd’hui et je n’ai rien pensé. Le ciel est venu manger dans ma main. Maintenant c’est le soir mais je ne veux pas laisser filer ce jour sans vous en donner le plus beau. Vous voyez le monde. Vous le voyez comme moi. Ce n’est qu’un champ de bataille. Des cavaliers noirs partout. Un bruit d’épées au fond des âmes. Eh bien, ça n’a aucune importance. Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d’eau – ça oui, c’était important ».

Ce meilleur journal de ton meilleur dimanche, c’est une porte et une carte, que l’on dessine ensemble. J’aimerais l’enrichir au fil des semaines avec toi. Avec des nouvelles rubriques qui ne seraient pas des thématiques mais des lignes de fuite. Tu m’aideras à choisir.

Cette semaine je me suis amusé à solliciter nos algorithmes pour voir tous tous les trésors qu’ils me dénicheraient, et j’ai essayé de les ranger. Ça te donnera peut-être des idées. 

Le meilleur journal de ton meilleur dimanche

Cette semaine, Geneviève m’a envoyé une lettre envoyée où elle m’écrit ceci :

« J’aime ce moment de réflexion qui m’aide à aller plus loin que la consommation d’infos et à me dire : « au fond, qu’est-ce qu’on en fait de tout cela, de toutes ces infos ? À quoi vont-elles me servir ? ».

C’est quoi une information utile ? Pourrait-on séparer les infos qui nous informent juste, de celles qui nous laissent quelque chose pour réfléchir ?

On pourrait avoir une rubrique qui proposerait un supplément de réflexion. Par exemple, la revue économique américaine « INC. » propose à la fin de ses article un encart appelé « The takeaway » (traduction Flint « le truc à emporter »). Dans un article relayant un discours du patron d’Apple, Tim Cook, particulièrement hostile à Facebook, le média propose ce « takeaway » :

« Les philosophies commerciales d’Apple et de Facebook sont diamétralement opposées l’une à l’autre.
Apple est une marque de style de vie. Et une partie du style de vie qu’Apple vend est que les utilisateurs ont plus de contrôle sur leur vie privée.
Facebook, par contre, est dans le domaine des données. Plus il recueille de données sur les utilisateurs, plus il peut vendre efficacement des publicités ciblées.

Les entrepreneurs et les propriétaires d’entreprises peuvent tirer des leçons importantes de cette expérience.
Comme le souligne à juste titre M. Cook, « la publicité a existé et a prospéré pendant des décennies » sans utiliser des données qui ont été recueillies de manière moins que transparente. Et comme les clients se voient offrir un plus grand choix quant à la manière dont les applications et les sites web suivent leurs données, les experts prédisent que de plus en plus de personnes choisiront de ne pas participer à ce suivi.
Si vous êtes un annonceur, vous devrez vous adapter. Ou mourir.
Mais il y a aussi une plus grande leçon à tirer.
Il est temps de se poser la question : Quelle est la philosophie que je veux suivre ? Est-ce que je veux une entreprise au service de mes clients ? Ou une qui profite des clients pour servir mon entreprise ? »

On pourrait aussi avoir une rubrique qui s’appellerait « L’arbre qui cache la forêt ». Une info qui en appelle une autre et nous oblige à voir plus loin. Par exemple, cette semaine, sur le Discord de Flint (un espace collaboratif pour notre communauté que tu peux rejoindre en cliquant ici), Tim a partagé une enquête relayée par le site Acrimed sur les 650.000 accidents du travail recensés par an chez les ouvriers (dont 600 morts!) et dont les médias ne parlent pas. Du coup Céline a répondu en disant : « Et le burn out au travail et le brown-out, on en parle aussi ?« , pointant vers un article de Cosmopolitan (le Brown-out c’est une forme de dépression liée au travail qui se manifeste par une chute de motivation). Thierry a renchérit en partageant un lien vers le site d’un cercle de réflexion professionnel qui évoque des sujets passionnants et rarement traités dans les médias.

On pourrait aussi avoir une rubrique « supplément d’âme », qui interroge sur notre société rythmée par les écrans et les conférences zoom, comme cette histoire d’un professeur mort dont une université continuait de diffuser les cours virtuels sans prévenir les étudiants. Ce qui pose plein de questions éthiques, philosophiques, sociétales, juridiques et… hum, gênantes.

« Devant son écran, Aaron Ansuini buvait les paroles de François-Marc Gagnon. Le professeur parle avec exaltation de la peinture québécoise, des chevaux, de la neige. Il mentionne une œuvre, dont il connaît personnellement le collectionneur. Une question très pointue vient en tête de M. Ansuini. Il prend son clavier et cherche l’adresse courriel du professeur sur le Web pour lui écrire un mot. Il trouve plutôt sa notice nécrologique. »

Participe à notre enquête sur l’inceste

Mieux s’informer, c’est aller au-delà de l’émotion et creuser un sujet pour faire sortir d’autres questions qui en font surgir d’autres. La semaine dernière je t’ai présenté le brouillon de l’enquête de Mathilde (journaliste chez Flint) sur l’inceste, un document de travail de plus de 36 pages de données qui permettent de comprendre les enjeux derrière le scandale et le silence.

Parmi les réactions, celle d’Armelle qui apprenait avec stupeur que l’affaire d’Outreau n’était pas qu’une erreur judiciaire (Outreau est un procès retentissant où des adultes étaient accusés de viol par des enfants et qui a abouti à une énorme cacophonie). Et que beaucoup de médias avaient laissé ce point dans l’ombre, créant dans notre inconscient collectif une fausse vision de l’histoire qui pourrait venir parasiter notre compréhension du problème de l’inceste en France.

« Alors, comme j’ai vu que Mathilde et toi citiez comme source le podcast de Louie Média, « Ou peut-être une nuit », j’ai eu envie de vous suggérer un possible angle de traitement de l’information, par le média que vous êtes: dans ce podcast, la journaliste revient sur le procès d’Outreau. (Même mon mac veut corriger ce nom par « Ouvreau »!) J’ai pris une claque en écoutant, car dans ma mémoire, Outreau était resté une « énorme erreur judiciaire »: j’en avais oublié les enfants victimes, victimes pourtant bien reconnues et indemnisées par la justice (qui d’un point de vue monétaire jugea d’ailleurs moins grave le viol que l’accusation à tort). Alors, comment traiter le sujet de l’inceste, de l’agression sexuelle et de la pédophilie (lire aussi FILLES de Camille Laurens), de manière à ce qu’il ne finisse pas aux oubliettes (tu sais la pelote qu’on fiche sous le lit pour essayer d’oublier et qui ressort un jour parce qu’elle en a ras le bol de l’obscurité et de la poussière de nos dessous de lits…) comme Outreau? »

Alors en effet, l’affaire d’Outreau était bien une erreur judiciaire pour la plupart des dossiers, mais il y a eu tout de même 4 condamnés, dont certains plusieurs années plus tard, après avoir été acquittés au début. On va creuser tout ça.

En attendant, on travaille sur le bon format pour présenter cette enquête, et on a pensé à une série de questions qu’un enfant pourrait poser à un adulte. Le brouillon de ce nouveau travail est ici (avec tous mes commentaires relous), tu peux le commenter, le compléter et le corriger.

Le Flint du futur, selon Gauthier

Il y a quinze jours, dans la foulée du grand questionnaire Flint 2021, j’ai reçu un long document de Gauthier (4 pages !) où il me dit à quoi pourrait ressembler le Flint de ses rêves, le tout très argumenté. Pour lui, ce serait un Google News « au carré ». Il privilégierait les sources moins « mainstream » par rapport aux contenus payants, pas toujours accessibles : une incitation à la découverte. Il propose aussi un système de financement de Flint via la blockchain, qui permettrait de savoir exactement ce que le paiement des abonnés financerait.

Tu peux découvrir le travail de Gauthier ici et me dire ce que tu en penses !

Ce billet est un extrait de la lettre hebdomadaire « Flint Dimanche », qui explore avec toi comment nous pouvons mieux nous informer dans un monde rempli d’algorithmes. Pour la recevoir, abonne-toi à Flint ici. Tu recevras également gratuitement chaque jour une sélection de liens personnalisée, envoyée par l’intelligence artificielle de Flint.

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