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Et si personne n’avait raison ? – Flint Dimanche #34

Bon, je vais te reparler du Pr Raoult. Atteeeeeeeeends, ne pars pas ! Je sais, tu en as marre, et puis maintenant on s’en fout la pandémie est passée, enfin pas encore mais on en a tous marre alors bon, vacances ! Oui je sais. Moi aussi je pense que les vacances nous feront du bien. Enfin, les vraies vacances, pas celles en mode chômage partiel à se demander s’il ne va pas se transformer en vrai chômage, pas celles à cumuler le rôle de télétravailleur, d’instituteur(trice), de femme/homme de ménage, enfin surtout si tu es une femme (parce que ton mari il participe, bien sûr, mais surtout si tu lui demandes), pas celles à ne jamais faire l’amour parce que tu es seul(e) ou, justement, parce que tu ne l’es jamais et que ras-le-bol. Bref, une fois fois qu’on a accumulé tout ça en 55 jours, tu comprends, le Pr Raoult merde à la fin.

En fait, ce n’est pas vraiment de cette histoire d’hydroxychloroquine (que je détaillais en, hum, détail, dans cette lettre), que je voulais te parler, mais d’un sujet beaucoup plus perturbant. Tu vas voir que ça peut nous emmener très loin et que, une fois passée cette frontière, tu vas devoir faire un choix. Je t’explique. Et j’essaie de faire court, hum, cette fois parce que tu as certainement autre chose à faire, surtout s’il fait beau.

Tout d’abord, ce qui est bien maintenant, c’est qu’on peut prendre les choses avec plus de recul. Avant, tu te souviens, on avait droit tous les soirs la grand messe du père Jérome Salomon qui comptait les morts du jour sur son chapelet maudit de sa voix fatiguée et sinistre. Du coup, on n’osait plus bouger une oreille, enfermés que nous étions, nous, pauvres humains, dans cette sorte d’équation mathématique vivante, de peur que ce nombre explose à l’infini, enfin on ne savait pas trop mais c’était méga flippant.

Dans ce genre de situation, tu as besoin d’avoir un minimum de certitudes. Sauf que pas le temps. Je me souviens d’une phrase qu’avait lancée mon père alors qu’il s’était visiblement trompé d’embranchement sur l’autoroute : « il faut toujours persévérer dans l’erreur ». Comme mon père état chirurgien et qu’il s’était retrouvé des milliers de fois avec la vie de ses patients sous la lame de son bistouri, cette phrase, que je trouvais choquante au début, m’a poursuivie pendant pas mal d’années. Mais en effet, si tu changes de direction dès que tu as un doute, à la fin tu ne sais plus où tu en es. C’est comme quand tu fais la queue à la mauvaise caisse, et que tu changes de file et te rends compte, SYSTÉMATIQUEMENT, que la queue que tu viens d’abandonner va désormais plus vite. Il doit y avoir des études statistiques là dessus. Depuis, je ne change jamais de file.

Bref, la semaine dernière, tout semblait rentrer dans l’ordre, sauf chez les complotistes et Michel Onfray : on ne savait pas trop si Didier Raoult avait raison sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine pour éradiquer la pandémie de Covid-19, mais bon il pouvait continuer de la prescrire et voilà, il avait des morts mais pas plus qu’ailleurs, et même plutôt moins, même s’il n’avait jamais pu prouver que c’était grâce à son traitement miracle. Et là, soudain, une prestigieuse revue scientifique britannique à qui on n’avait rien demandé, The Lancet, publie une étude massive qui dit que, non seulement l’hydroxychloroquine ne sert à rien, mais qu’en plus elle ne serait pas sans risques cardiaques. Et nous voilà repartis pour un tour.

Bien sûr, tous ceux qui n’aimaient pas Raoult ont annoncé la « fin de partie ». Enfin ! Le marteau de la science « prestigieuse » s’est abattu, la fin du populisme tout ça. Sauf que cette étude ne prouve rien, enfin rien de plus que la sienne, dans le sens où elle ne suit pas plus que lui le protocole de l’étude clinique. D’ailleurs, quelques jours plus tard, les données sur lesquelles s’appuyaient l’étude ont été remises en cause par des chercheurs, parce que trop opaques. Et tout le monde est à nouveau perdu.

On a atteint le sommet du grand flou en fin de semaine quand le chroniqueur André Bercoff a sorti cette tirade tombée du camion de LCI, relayée par un inconnu sur Twitter : « Arnaque ! hurle-t-il, « Oui parce l’étude, figurez vous, elle ne prend en compte que les cardiaques« . Réplique de l’animateur : « Mais non, quand même…  » Et puis : « Euh, si ? » Et Bercoff d’enfoncer le clou : « Si Si ! C’est dans l’étude noir sur blanc!« 

https://twitter.com/boutaour/status/1265389983084548097?s=20

Bien sûr. Il aurait pu aussi bien affirmer que 100% des patients mangeaient trop de Nutella, l’animateur aurait eu la même réaction gênée, sourire en coin : « Mais non, quand même… euh, si ? » Qui a pris le temps de lire cette fichue étude après tout ?

Toujours est-il que, suite à cette « publication-dans-une-revue-prestigieuse« , l’OMS (l’organisation mondiale pour la santé) a décidé de retirer aussitôt l’hydroxychloroquine de la liste des traitements nominés pour la palme d’or. Du coup la France aussi. C’est à dire l’Inserm. Expliquant, je paraphrase, que suite à la « publication-dans-une-revue-prestigieuse » de cette étude qui s’appuie par ailleurs sur des données de l’OMS, nous avons pris la décision de… bon sauf que ce ne sont pas des données de l’OMS mais d’une entreprise privée Surgisphere, mais on n’est pas à une approximation près, puisque personne n’y comprend rien de toute façon. Voilà. Et quand notre animateur souriant demande au Pr Raoult si cette décision l’ennuie, il lui répond qu’il s’en fout. La pandémie est terminée de toute façon.

Là où Didier Raoult a été très malin depuis le début de cette polémique sans fin (parce que, au fond, son discours était plus politique que scientifique), c’est qu’il a réussi à renverser la charge de la preuve. Tout le monde est tombé dans le piège, si tant est qu’il y ait eu un piège. C’était impossible à prouver. Parce que pas le temps.

Et tout ça nous dit quelque chose de précieux sur l’information. Et sur son impact sur nos décisions. Tu le découvriras tout à l’heure.

Ce qui est intéressant dans cette interview donnée par Didier Raoult à David Pujadas mardi dernier, c’est que, contrairement aux cohortes enragées qui le soutiennent sur les réseaux sociaux, il ne dit rien de faux. Il fait même quelques réflexions assez intéressantes. Le seul moment où il sort du cadre, c’est quand il devient politique. Quand Pujadas lui dit que dans cette affaire « les gens n’y comprennent plus rien« , Raoult répond : « vous peut-être, (c’est à dire vous « lesmédias »), mais les gens ils comprennent très bien« . #Lesgens.

« Vous voulez faire un sondage entre vous et moi pour savoir en qui ils ont confiance ?« 

Plus tard quand le journaliste évoque l’étude du Lancet, il l’interrompt : « Vous ne pouvez pas comprendre ce que je dis, nous ne jouons pas dans la même pièce de théâtre« . Là, il faut que je te traduise. Le monsieur te dit que, si tu fais partie de « lesgens », alors tu comprends le Pr Raoult. Mais si tu ne fais pas partie de « lesgens » (par exemple tu fais partie de « lesmédias ») tu peux pas comprendre.

Alors on va faire un jeu tous les deux. Puisque nous faisons partie de « lesgens » toi et moi, on va voir si on peut définir trois ou quatre règles pour comprendre le professeur marseillais quand il parle de science.

1. Imaginons que tombes par hasard sur une vidéo ou un article, où un inconnu affirme un truc scientifique énorme, en disant « ce sont des faits« . Est-ce que tu peuw le croire ? Non. Oui mais puisqu’il a dit « ce sont des faits ». Encore moins. Tu vois c’est simple.

Ok. Et s’il cite sa source ? Ah ! Hum… Non plus. Oui mais s’il fait un lien vers la source et qu’il cite le passage qui prouve ce qu’il dit ? Encore non. En tout cas pas avant de passer à l’étape suivante.

2. Comme tu es malin, tu as trouvé sur le web la source d’où ton type tient son info. Cool , te voici au niveau 2 ! On avance. Alors maintenant, il faut que tu évalues la source. Et là tu as encore deux défis :

Premier défi : la source est un média connu. Ce n’est pas une source scientifique, mais c’est un début. La valeur du média te donnera déjà une idée avant d’aller plus loin. Pour mesurer la valeur d’un média, il y a un outil très bien, qui s’appelle Newsguard (en français). Je les ai eu cette semaine au téléphone pur comprendre comment ils fonctionnaient. C’est une startup journalistique américaine qui enquête sur les sources média. C’est à dire sur ce qu’elle publie, sur ses méthodes de travail et même sur ses actionnaires . Elle donne ensuite une note selon des critères que tu pourras juger criticables mais qui sont transparents. Si la note est bonne (sigle vert) alors tu peux aller à l’étape suivante. Si ce n’est pas le cas, considère que l’info n’est pas vraie par principe. Et cherche d’autres sources dont au moins une qui a le badge vert.

⚠️ Attention cependant : si le média ne fait pas de lien vers la source scientifique, d’abord c’est louche. Et ça veut dire aussi qu’il te faudra la trouver par toi-même.

Deuxième défi : la source est une revue scientifique. C’est la source originale. Bon, là je reconnais, même si tu fais partie de « lesgens » tu risques de ne pas tout comprendre, surtout si c’est en anglais et que ça fait 30 pages. Mais là ce que l’on cherche, ce n’est pas la compréhension, c’est un indice de confiance. Il te faut donc aller voir si la revue est reconnue ou si elle a été publiée par trois rigolos au fond de leur labo que personne ne connait.

Pour mesurer la valeur d’une revue, tu peux utiliser un index qui les classe en fonction de leur influence dans le monde scientifique. Ça s’appelle l’Impact Factor. Tu peux faire une recherche ici. Ce qu’il faut regarder c’est le score « SJR » (comme Scimago Journal Rank Indicator, qui a inventé le classement).

Par exemple, tu noteras que « The Lancet » est classé 32ème sur 31971 revues avec un score de , juste derrière Nature qui est 30ème. On peut donc effectivement dire que c’est une revue « prestigieuse ». Tandis que la revue dans laquelle D.Raoult a publié son étude, « Internal Journal of Antimicrobial Agents », a un score de 1.531 et est classée 2160ème, ce qui est tout pourri.

Mise à jour 05/06/2020 : autre source intéressante, pour savoir comment lire une étude (parce que les études, on leur fait aussi dire un peu ce qu’on veut), tu peux sauvegarder dans un coin l’article de « Science étonnante » sur le sujet.

3. Allez, dernière étape, pour les champions! Tu peux faire une recherche sur Internet pour voir ce que d’autres médias en disent. En entrant le titre de l’étude par exemple et sa source. Ensuite tu repasses à l’étape 2.

Evidemment là tu vas me dire : mais oui mais justement l’étude contre l’hydroxychloroquine a été publiée dans une revue de référence, alors comment je fais moi pour savoir si c’est bon ? Eh bien déjà si tu as fait l’étape 3 tu as dû tomber sur l’article du Guardian qui remonte les doutes de certains chercheurs sur la méthodologie. Et de fil en aiguille sur cet article universitaire là.

Mise à jour 04/06/2020 : Finalement The Lancet a retiré son étude, les auteurs « ne pouvant plus garantir la véracité des sources de données primaires ». Voilà. 

Mais sinon, je vais te donner une formule magique, elle est de niveau 4 celle-là, mais une fois que tu l’auras assimilée tu ne seras plus jamais embêté par les rebondissements de cette affaire et tu pourras prendre un air hyper serein la prochaine fois que tes amis s’écharperont sur le sujet.

4. Voici la formule secrète tirée du grimoire de la confrérie de « lesgens »: alors il était une fois dans une contrée lointaine, des scientifiques ont découvert que la vérité n’existait pas. Comme ils n’arrêtaient pas de se taper dessus, ils ont inventé des protocoles qui leur permettraient de continuer à s’engueuler mais en se mettant au moins d’accord sur la forme. Ce protocole, dans le cadre des études cliniques, il porte le nom mystérieux de… « étude randomisée en double aveugle ». Ça sonne bien non ? Mais ça veut dire quoi ? J’ai trouvé ce texte explicatif dans un vieux grimoire pour débutants :

« Deux critères essentiels doivent être respectés pour prétendre à un niveau de preuve :
1. L’attribution dans un groupe se fait de façon aléatoire par tirage au sort (randomisation)
2. La répartition des groupes se fait à l’insu des participants (étude en aveugle) et éventuellement des cliniciens (double aveugle)
Une étude randomisée permet ainsi d’établir formellement un lien de causalité, sous réserve qu’aucune source de biais secondaire ne soit été introduite en cours d’essai (comme par exemple des procédures de suivi différentes dans les deux groupes). Sans groupe témoin, l’effet du traitement se composera de l’effet intrinsèque du médicament additionné de l’effet placebo. »

(Source Futura Sciences)

Ça c’est la version pour enfants. Sinon tu peux aussi lire la version adulte, qui t’explique même comment faire quand l’étude randomisée n’est pas possible, dans ce document très long publié par la Haute Autorité de Santé.

Note pédagogique : Sinon, l’étude randomisée sans double aveugle ça passe aussi, et c’est moins lourd à mettre en oeuvre que sa version non-voyant.

Tu vas me dire : mais alors pourquoi tout cette pagaille alors qu’il suffit de faire une étude randomisée en double aveugle et ça mettra tout le monde d’accord ? Eh bien parce que c’est chiant à faire et que pas le temps. Enfin, c’est surtout compliqué à mettre en place, surtout quand le nombre de malades baisse dans le pays où tu as commencé l’étude (« ah bon ? Mais s’il baisse ça sert à quoi de trouver un traitement? » « Oh, ta gueule?… »). Par exemple, la France et l’OMS ont pris du retard sur les leurs (qui de toute façon ne reprenaient pas le protocole d’administration du Pr Raoult). Et maintenant, si tu veux, tout le monde pense surtout à la façon dont il va partir en vacances ou retrouver un travail. Alors savoir si le professeur Raoult avait raison ou pas, tu sais, vu que presque tout le monde est guéri maintenant… On est comme ça, en France.

En fait, il y a bien deux études cliniques randomisées qui sont en cours. Ça se passe aux Etats-Unis, où ça chauffe encore un peu. Elles sont soutenues par le « National Institute of Allergy and Infectious Diseases » (NIAID). Et doivent vérifier l’efficacité de deux traitements : l’hydroxychloroquine + azithromycine (méthode Raoult) et le Remdesivir.

Mise à jour 27/06/2020 : derrrière cette histoire d’étude randomisée VS étude observationnelle, se cache en fait un vieux débat entre scientifiques, qui me pousse à nuancer la dernière conclusion. Si l’étude n’a pas été randomisée ça ne veut pas dire qu’elle est fausse non plus. Ah merde ! Dans ce cas comment faire ? Eh bien tu peux conclure, si les études se contredisent par exemple, que personne n’est sûr et qu’il y a débat entre spécialistes. Ou encore que la balance penche verts l’un des résultats s’il y a, disons, 80% des études qui disent bleu et 20% rouge. Entre le vrai et le faux, il peut aussi y avoir de l’incertitude.

Ah oui, j’oubliais, parce que pendant qu’on s’écharpait sur l’hydroxychloroquine (distribué par le français Sanofi sous le nom de « Plaquenil »), un autre groupe (l’américain Gilead) essayait de placer sa molécule à lui. C’est ce qui fait dire à Didier Raoult dans le Figaro cette semaine que derrière tout ça il y a de gros intérêts. Il n’apporte évidemment aucune preuve de ce qu’il avance, mais il fait comme d’habitude : prouvez que j’ai tort ! Donc tu peux considérer que c’est faux.

Pour que tu comprennes quand même, le Remdesivir est un médicament récent, destiné au virus Ebola, dont Gilead a les droits exclusifs. Le coût est beaucoup plus élevé que le Plaquenil qui est désormais générique. C’est pour ça que Sanofi ne se bat pas du tout pour défendre son médicament pas cher. Ce qui intéresse le groupe français, c’est de trouver un vaccin. Gilead est un peu plus motivé, certes, mais il sait aussi qu’il va devoir baisser ses marges colossales s’il ne veut pas se faire taper sur les doigts. Donc bon… Alors c’est vrai que l’action (en chute ces dernières années) de Gilead est remontée de 65$ à 85$ ces dernières semaines, c’est vrai que le lobbying du groupe américain a fortement progressé depuis le début de l’année (2,4 millards, contre 1,7 millard pour Sanofi), sans doute pour faire autoriser le traitement aux Etats-Unis analyse la radio nationale NPR. Mais la bataille a été féroce, pour des résultats qui sont encore très aléatoires.

Qu’est-ce que tout ça nous apprend ? Eh bien je sors de ces longues heures d’enquête avec un sentiment bizarre, tu me diras si je délire. Je réalise que toutes les décisions qui ont été prises depuis le début de la crise l’ont été sans aucune base scientifique. Les traitements, le confinement, le déconfinement, le retour à l’école tout ça. Parce que le rythme imposé n’est pas compatible avec le temps de la science.

Ce n’est donc pas un mirage si, toi aussi, tu as le sentiment de ne rien comprendre à tout ce qui s’est déversé dans ton fil d’infos depuis trois mois. Il n’y avait rien à comprendre. La seule pièce de théâtre qui s’est jouée, c’est celle de la politique, et bien sûr le combat au quotidien des services de santé. Et le nôtre, qui avons eu à faire face sans jamais vraiment comprendre. Mais nos choix ont aussi été politiques. Didier Raoult a fait de la politique inutile. Le gouvernement a a fait de la politique utile, à défaut d’être scientifiquement justifiable. Dans un mélange de bluff et d’actions placebo.

De la montagne, d’où je viens, on a une règle qu’on nous apprend tout petit pour nous préparer aux avalanches :

« Tentez de nager pour essayer de rester un maximum en surface. Essayez de protéger votre bouche pour ne pas trop avaler de neige. Essayez de ne pas paniquer et gardez votre énergie pour vous créer une poche d’air au moment ou l’avalanche ralentit et que la neige vous compresse. »

Je crois qu’on en est un peu là. Vivement les vacances. Tu pars où au fait ?

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