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Et voici un document secret – Flint Dimanche #15

Cher(e) toi,

Si tu ne savais pas trop quoi faire de ton dimanche j’ai une idée pour toi. Au début ça va te paraître relou, mais je suis sûr que ça pourrait te plaire. Après tout, ce n’est pas tous les jours que ça arrive. Je veux dire qu’une entreprise décide d’envoyer à ses « clients » tout ce qu’elle a dans le ventre. Ses vrais chiffres et ses secrets de fabrique, mais aussi ses envies, ses frustrations, et puis ses faiblesses. Et surtout son plan stratégique pour demain. Avec le détail de tout ce qu’elle va dépenser.

Pourquoi c’est important et pourquoi tu devrais envisager de donner un peu de ton précieux temps de repos à ce que je veux partager avec toi ? Parce que si tu m’aides, on pourra peut-être faire bouger un peu les choses. Et tu pourras te dire que tu as participé à l’émergence d’un rêve. Il se peut que je n’y arrive pas. Mais s’il y a bien une chose que j’ai compris depuis quelques semaines : c’est que je n’y arriverai pas sans toi.

Alors voilà. Il y a deux semaines, je t’ai écrit cette lettre que je n’avais pas prévu d’écrire. Mais je crois que je l’ai fait pour me donner un grand coup de pieds aux fesses. Il y a quelques mois, un de mes actionnaires m’a dit : « On ne voit rien venir… on se demande quand même quand ça va décoller depuis tout ce temps. » Une façon de m’expliquer qu’il croyait avoir investi dans le nouveau Facebook, vu que j’avais réussi jusqu’ici tout ce que j’avais lancé. » Mais là, ça devenait suspect. Moi j’avais envie de prendre le temps. De suivre une intuition un peu confuse au début, mais de la laisser se déployer.

Et je t’avoue que le jour où j’ai été contraint de lâcher mon appart sur l’Île Saint-Louis parce que cette expérimentation ne me rapportait pas assez, quand j’ai dû demander à mes potes de m’héberger, quand je me suis retrouvé seul avec ma pile de cartons dans un camion et plus de maison, tout ça pour un projet que personne ne comprenait, en tout cas pourquoi je m’y investissais autant, oui je t’avoue que je me suis demandé si je n’étais pas en train de perdre pied.

Il se trouve que la persévérance a ça de bon : si elle ne te détruit pas, elle te renforce. Bizarrement, quand je repense à ces trois dernières années, je les trouve extraordinaires. Je n’ai jamais été alcoolique, mais j’imagine que ce que je ressens est assez proche d’un type qui a décidé d’arrêter de boire et qui a tenu trois ans. Moi j’avais décidé d’arrêter de faire ce que les autres attendaient de moi.

Il y a quatre mois, j’ai demandé en mariage la femme de ma vie, que j’avais pourtant essayé de fuir depuis près de 11 ans. Simplement parce que l’aimer m’obligeait à être moi. J’ai mis tout ce temps, il m’a fallu tout ce chaos, pour accepter l’idée que l’homme qu’elle aimait ce n’était que moi, et pas celui que je croyais devoir être.

Il y a deux semaines je t’ai écrit cette lettre au moment précis où je me disais que je n’aurais jamais le courage, ni l’énergie, d’aller lever des fonds. Parce que je m’y voyais y aller tout seul. Parce que je me disais aussi qu’il faut peut-être avoir vingt ans pour croire en ses rêves et croire qu’ils sont plus forts que le monde.

Ce que je voulais, moi, c’était donner à chacun les armes pour être quelqu’un. Parce que je ne crois pas à cette fragilité du peuple « qui ne comprendrait rien », ce peuple imaginaire que l’on appelle « les gens », et qu’il faudrait opposer aux élites, qui elles « comprendraient mais ne connaitraient pas la vraie vie ». Un peu comme on parle des animaux. Ou comme Baudelaire quand il parlait de la bêtise et de ce qu’elle avait de mystérieux.

Je crois au contraire que nous sommes tous des êtres de raison, à condition de nous expliquer les choses. J’ai beaucoup bossé en banlieue, comme on dit pour parler des quartiers difficiles où l’on a concentré, je résume, les familles originaires des anciennes colonies, c’est à dire musulmanes. J’y ai croisé beaucoup de gens malheureux, des agressifs, d’autres qui se contentaient de se moquer de tout, parfois avec talent, parfois non. Des gens qui étaient victimes de leurs émotions, comme tous les gens en mal d’amour. Mais à chaque fois que j’ai essayé de discuter d’égal à égal, je n’ai jamais rencontré que de l’intelligence. Le peuple est peut-être con, mais pas les individus. Ce n’est pas pour rien que les jurys de la cour d’assises, c’est à dire l’institution qui juge les crimes les plus graves en France, sont constitués de ces gens « du peuple », ces « cons » tirés au hasard. Pourquoi sont-ils moins cons du coup ? Peut-être parce qu’ils se sentent responsables. Peut-être parce que la Cour d’Assises est un espace sacré, ritualisé. Hors du temps. Une étude passionnante raconte cette expérience quasi mystique qu’est la participation à un jury d’assises.

Je crois en cette intelligence cachée, je crois que la connerie est collective, et donc que l’intelligence l’est aussi. Et puis je crois qu’il y a des millions de sacrifiés, des gens intelligents mais peut-être trop, ou trop différents, ou pas nés au bon endroit, des gens sensibles, des gens sincères que personne ne regarde ni n’écoute, de gens comme toi et moi qui essaient de se construire une réflexion dans leur tête, mais qui se sentent tout seuls.

Bref. Lorsque je t’ai écris que nous avions décidé de lever des fonds (en fait nous n’avions rien décidé du tout, on y pensait juste très fort…) et pourquoi nous voulions le faire, je n’en menais pas vraiment large. Mais je sortais de Star Wars 9 et, ne me demande pas pourquoi, mais ça m’avait donné la pêche, cette histoire d’amour, au fond, avec des gens compliqués, qui commettaient parfois l’irréparable, mais qui restaient fidèles à cette révolte intérieure, c’est à dire leur part d’humanité. Du coup je t’ai écris ça :

Ça ne va pas sonner start-up ce que je vais te dire, mais j’aimerais faire de Flint un outil de résistance. Un peu comme dans Star Wars, tu vois. On ne l’appellerait pas « A New Hope » (un nouvel espoir) mais « A News Hope » (l’espoir de l’information). Un outil refuge, d’abord technologique bien sûr, mais pas que. Qui nous informe sans nous enfermer dans un confort.

J’ai reçu des dizaines de messages. Souvent très longs. Et pour la première fois depuis longtemps, je me suis senti moins seul. J’ai rassemblé les plus intéressants ici.

Alors la semaine dernière je suis parti me réfugier au bord de la mer. Avec sur les épaules une grosse responsabilité. Ne pas repartir sans avoir terminé le dossier de levée de fonds que j’avais promis sans trop réfléchir à nos 17.000 abonnés, et aussi le business plan qui doit aller avec (tu sais ce tableau excel surréaliste où tu calcules tout ce que tu vas dépenser à coup sûr, et tout ce que tu devrais gagner, peut-être, pour arriver à l’équilibre avant trois ans). Du coup je suis resté deux jours de plus.

Je ne partais pas de rien. J’avais des dizaines de pages de notes, mais surtout beaucoup de données et de chiffres, et puis j’avais toutes ces lettres que je reçois depuis le mois de septembre, ces lettres souvent longues, bref je ne vais pas en rajouter. Sur les cinq jours, j’en ai passé deux à faire la sieste, à marcher sur la plage en cherchant des coquillages rigolos, et à procrastiner. J’ai lu un roman de Science-Fiction chinois, vu un documentaire sur les chiens de traineau en Norvège et sur un parc naturel japonais, j’ai aussi redécouvert Camus. Sa complexité assumée, son amour de la vie, son élégance aussi. Et le mépris de Sartre, qui lui jalousait peut-être sa beauté. Camus qui disait que la vérité n’était ni de droite, ni de gauche. Et que le premier combat à mener était celui de la vérité.

« On ne décide pas de la vérité d’une pensée selon qu’elle est de droite ou de gauche et encore moins selon ce que la droite et la gauche décident d’en faire. »

Albert Camus

Alors voilà. Voici une cinquantaine de pages. Plus de la moitié résument ce que nous avons appris. L’autre moitié imagine l’avenir. Ce que nous pouvons inventer avec cet outil extraordinaire que nous avons fabriqué. Je te les livre. Il y a du positif et du négatif dans ces trois ans de bilan, et puis dans ce rêve que l’on ose dessiner. Mais j’espère tes retours, ton regard acide, ton regard exigeant, bienveillant, pas complaisant.

C’est un rêve que j’aimerais que l’on invente ensemble.

Aujourd’hui, nous voulons aller plus loin et faire de Flint un “Courrier International du futur” au service de l’esprit critique. 

Une plateforme d’information inédite qui utilisera le meilleur de la technologie et de l’intelligence humaine pour aider citoyens et décideurs à apprendre mieux s’informer pour mieux agir.

Tu peux lire le dossier complet ici, tu trouveras aussi un lien vers le business plan :

–> Voir le dossier de levée de fonds.

Comment peux-tu participer ?

Eh bien tu peux commencer par lire le document et faire des corrections, ou réagir en m’envoyant un mail (benoit @ flint.media).

Tu peux aussi me proposer des gens susceptibles de me conseiller, ou même de financer ce projet (prends bien le temps de lire le dernier chapitre « Avec qui voulons-nous lever »).

Tu peux aussi me proposer une synthèse de ce document peut-être trop long. Mais je le voulais long. Je me suis dit : on a besoin de gens qui prennent le temps, pas de powerpoint qui t’expliquent en 5 slides pourquoi tu devrais accorder 10mn d’entretien à cette boîte. On ne trouve pas l’amour sur Tinder. On trouve l’amour quand on prend le temps de vivre.

Je te demande juste de ne pas imprimer ce document et de ne pas le partager. Si je le partage avec toi c’est parce que je te fais confiance et que tu connais notre histoire. Si tu penses que ce projet peut intéresser des gens qui ne connaissent pas encore Flint, envoie leur un mail, mets moi en copie, et organisons un rendez-vous.

Ce billet est un extrait de la newsletter hebdomadaire « Flint Dimanche », qui explore avec toi comment nous pouvons mieux nous informer dans un monde rempli d’algorithmes. Pour la recevoir, abonne-toi à Flint ici. Tu recevras également une sélection de liens personnalisée, envoyée par l’intelligence artificielle de Flint.

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