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Dieu est-il pervers ? – Flint Dimanche #9

Cher(e) toi,  

Tiens, aujourd’hui, puisque nous sommes le jour du seigneur (enfin pour ceux qui croient en dieu) (hum, enfin, juste pour les chrétiens en fait), je vais te parler de croyance et de réalité. Et je vais aussi te parler du coup de pessimisme et d’optimisme. A ton avis, laquelle de ces deux attitudes est la plus proche de la réalité ? Laquelle relève de l’auto-conviction ?

Avant que tu ne refermes ce mail en te disant que, bon, finalement, tu as plein d’autres trucs intéressants à faire aujourd’hui (comme, tiens, regarder « The Crown » sur Netflix), laisse moi encore deux minutes pour t’expliquer pourquoi cette question est en fait super intéressante. Enfin, je veux dire par rapport aux grandes questions qui nous agitent en ce moment.

Connais-tu le concept de  « dissonance cognitive » ? Derrière ces deux mots super ennuyeux se cache en fait un dilemme qui nous perturbe à longueur de temps. 

Le terme désigne notamment la tension qui se crée en toi quand ton comportement entre en contradiction avec tes idées ou tes croyances. Par exemple tu sais que fumer donne le cancer mais tu continues de fumer. Ou alors tu adores le saucisson mais tu n’as pas méga envie d’imaginer le cochon en train de se faire égorger. Ou quand tu regardes 5 épisodes d’une série Netflix à la suite en mangeant des trucs qui font grossir et que tu te sens coupable.

La dissonance cognitive c’est ce petit lutin horrible au dessus de ta tête qui te rappelle en permanence que tout ce qui est cool dans la vie est soit mauvais pour la santé, soit mauvais pour la planète. Qui te fait peut-être te dire que Dieu est peut-être un énorme pervers narcissique. Ou pire : et si Dieu n’existait pas, alors de quel pervers serions-nous les victimes ?

Evidemment tout n’est pas aussi simple. Prends la procrastination par exemple, ma dissonance cognitive favorite : on sait bien que remettre au lendemain ce que l’on peut faire le jour même ce n’est pas bien. Et pourtant parfois ça permet aussi d’avoir de super idées.  Mais pas systématiquement. Bref, c’est compliqué. 

En fait, la réponse est peut-être là : dans le sens même du mot « tension ». Une tension est un processus qui permet de rester toujours en éveil. Et de ne pas s’enfermer, ni dans une croyance, ni dans un comportement.

Parce que, au fond, tout comme la religion est un algorithme de vie imparfait et rempli de biais, il n’y a pas de « bon » comportement. Il n’y a que des tensions. Ce qui ne veut pas dire que tout est relatif. C’est sans doute pour ça que les humains ont inventé  la philosophie. 

LE DIABLE FACEBOOK 

Je vais te donner un exemple : les réseaux sociaux. On est à peu près tous d’accord pour dire que ça craint un peu, non ? Rapport à la haine en ligne, à l’addiction numérique, à la manipulation des données et aux fake news, tout ça.

Mais en même temps si on nous proposait de supprimer les réseaux sociaux d’un coup, je ne suis pas sûr que l’on serait tous d’accord, n’est-ce pas ?

Pour dépasser ce constat un peu agaçant, je te propose de regarder cette vidéo géniale du comédien Sacha Baron Cohen (l’acteur  humoriste qui interprétait « Borat » dans le film éponyme) sur le sujet.

Dans un discours brûlant, documenté, à la fois drôle et politique, Sacha Baron Cohen évoque « la plus grande machine de propagande de l’histoire ».

Son réquisitoire est sans appel. Mais il a le mérite de rappeler quelques règles de bon sens : 

« Dans toutes les autres industries, une entreprise peut être tenue responsable lorsque son produit est défectueux. Lorsque les moteurs explosent ou que les ceintures de sécurité ne fonctionnent pas correctement, les constructeurs automobiles rappellent des dizaines de milliers de véhicules, pour un coût de plusieurs milliards de dollars. Il semble juste de dire à Facebook, YouTube et Twitter : votre produit est défectueux, vous êtes obligé de le réparer, peu importe combien il coûte et peu importe combien de modérateurs vous devez employer. »

Comment réparer les réseaux sociaux ? Pour Sacha Baron Cohen, il faut les responsabiliser comme on l’a fait pour les autres industries. 

« Peut-être que les amendes ne suffisent pas. Il est peut-être temps de le dire à Mark Zuckerberg et aux PDG de ces entreprises : vous avez déjà laissé une puissance étrangère s’ingérer dans nos élections, vous avez déjà facilité un génocide au Myanmar, recommencez et vous allez en prison. »

On peut comprendre qu’il peut-être compliqué d’établir le lien entre la publication de fake news sur Facebook et leur impact réel sur les populations. Il y a d’ailleurs encore débat à ce sujet

Mais en attendant d’y voir plus clair sur ce point, beaucoup plus complexe qu’il n’y parait, il y a des défaillances flagrantes sur lesquels on pourrait déjà agir. Par exemple la question de la règlementation des publicités politiques. 

« Si vous les payez, Facebook diffusera n’importe quelle publicité « politique » que vous voulez, même si c’est un mensonge. Et ils vous aideront même à microcibler ces mensonges auprès de leurs utilisateurs pour un effet maximum. (…) Alors voici une bonne pratique : Facebook, commencez à vérifier les faits sur les publicités politiques avant de les diffuser, arrêtez immédiatement les mensonges micro-ciblés, et lorsque les publicités sont fausses, rendez l’argent et ne les publiez pas. »

Si tu veux lire le discours intégral de Sacha Baron Cohen je l’ai traduit en français dans et l’ai partagé en ligne.

Lire le discours en français (13mn)

Voir la vidéo (26mn)

Sacha Baron Cohen n’est pas tout seul. Dans une lettre envoyée à Mark Zuckerberg, des centaines d’employés de Facebook ont également proposé des solutions concrètes, pas très compliquées à mettre en place :  

1. « Maintenir les publicités politiques au même niveau que les autres publicités » (c’est à dire interdire les publicités répandant ds « fausses informations »).
2. « Renforcement du traitement de la conception visuelle des publicités politiques » (c’est à dire distinguer visuellement une publicité d’un simple message organique)
3. « Restreindre le ciblage des publicités politiques : Ces publicités sont souvent tellement micro-ciblées que les conversations sur nos plateformes sont beaucoup plus cloisonnées que sur les autres plateformes. Actuellement, nous limitons le ciblage pour le logement et l’éducation et le crédit en raison d’antécédents de discrimination. Nous devrions étendre des restrictions similaires à la publicité politique. »
4. ‘Respect plus large des périodes de silence électoral ».
5. « Plafonds de dépenses pour les politiciens, quelle qu’en soit la source ».

Tu peux lire l’intégralité des solutions proposées par les employés de Facebook, que j’ai traduites en français : 

Lire la lettre à Marc Zuckerberg (4mn)

Ce sont évidemment des micro réponses à une problématique beaucoup plus complexe. 

Je te propose donc qu’on y réfléchisse ensemble. Penses-tu que les réseaux sociaux sont un danger pour la démocratie ? Quels sont les faits précis qui nous permettent de le dire ? Ne sont-ils pas aussi un accélérateur d’autonomisation et de mobilisation des populations et des individus ? Comment concilier les deux ?

Tu peux me proposer tes idées, mais aussi des ressources intéressantes en répondant directement à ce mail. Je ferai le point la semaine prochaine.

BON, SINON, ON EN EST OÙ DE CETTE HISTOIRE DE CLIMAT ?

La semaine dernière justement, je t’ai proposé de réfléchir au réchauffement climatique. Enfin d’abord en listant ce sur quoi on pouvait tous se mettre d’accord, avant de réfléchir aux solutions.

N’y connaissant rien, j’ai essayé de rassembler les faits qui faisaient à peu près consensus, et de prioriser un certain nombre de débats pour voir si on pouvait essayer de régler ce problème pragmatiquement sans se perdre dans le désespoir ou dans l’éparpillement.

Tu peux relire ce travail sur ce joli (hum) site prototype que l’on est en train de commencer à fabriquer pour rassembler toutes nos réflexions collectives sur les grands sujets importants de la planète. C’est encore super moche, mais c’est juste pour te montrer qu’on bosse un peu sur ce projet de plateforme.

J’ai été bluffé par la quantité mais surtout la qualité de vos contributions sur le sujet. Je reçois de plus en plus de mails, mais surtout des mails de plus en plus longs. Ce qui me fait réaliser le temps que certains d’entre-vous ont consacré à cette réflexion collective : déjà prendre le temps de lire mes newsletters super longues, et ensuite de bosser comme des fous pour m’envoyer des textes souvent hyper-argumentés. Ça m’a mis de super bonne humeur du coup.

Je me sens tellement reconnaissant de tant d’intelligence et d’efforts que je ne sais pas trop comment synthétiser tout ça. Je t’invite vraiment à lire tous les messages ici (à partir de la page 22). 

Par exemple, Estelle a eu cette phrase qui m’a fait pas mal réfléchir :

« Si on mesurait la croissance en incluant le capital environnemental et humain,  on renouerait avec la croissance ».

Arnaud m’a fait remarquer que je m’étais trompé sur un chiffre. Je disais que les émanations de méthane des animaux ne représentaient que 3% des gaz à effet de serre et je m’étais trompé. En effet, c’est plutôt : 60% énergie carbonée contre 17% méthane, pas en émission pure mais si on essaie de pondérer en considérant le poids de chaque émission, enfin si j’ai bien compris. Tu trouveras toutes les données ici.

Il me dit aussi : « Ta conclusion est fausse. La question n’est pas de savoir s’il faut ou non tourner le dos aux énergies carbonées : bien sûr qu’il faut rompre avec elles. Et de toute façon, on y arrivera à terme (quand, c’est un autre débat), il faut surtout changer nos habitudes alimentaires au profit d’une alimentation axées sur les solutions végétales et autres alternatives. »

Maxime m’a rendu très humble et, disons, un peu perplexe, en me révélant que le rapport du GIEC, super long, que j’avais lu, n’était pas la « vraie » version. Mais une version simplifiée sur laquelle il y avait débat. Quel bordel.

J’ai aussi reçu plusieurs messages complètement déprimants (mais pas faux) qui m’expliquaient que de toute façon, cet objectif de limiter la hausse à +1,5° en 2100 c’était mort (par exemple parce que la Chine est en train de construire des centrales à charbon, ce qui réduit à néant à peu près tous les efforts faits depuis dix ans), et qu’il fallait maintenant se préoccuper des conséquences.

Jonathan m’explique par exemple que l’effondrement ce n’est pas juste le climat, mais toutes les tendances cumulées (climatiques, économiques, sociétales etc), qui « s’additionnent pour augmenter les probabilités d’effondrement. » Pffiou… bon, je vais aller me balader en forêt moi, histoire de penser à autre chose.

Mais j’ai aussi reçu ce message encourageant de Dominique, Vice-présidente d’Air Liquide, qui me raconte son engagement au sein de son entreprise. On parle beaucoup des Etats, on culpabilise beaucoup les citoyens, et si on essayait de passer par les entreprises ? 

« Cela fait désormais près de 20 ans que je m’investis au sein d’Air Liquide pour faire émerger l’une de ces solutions : l’hydrogène en tant que vecteur énergétique ou encore le développement du biogaz.
Je contribue également par mes fonctions à valoriser des projets qui sont engageants dans d’autres domaines. Par exemple en accompagnant des initiatives majeures telles que celles de la  Fondation Solar Impulse  de Bertrand Piccard ou encore  Energy Observer .
Ces 2 projets ont l’un comme l’autre une approche par les « Solutions » et c’est clairement la clé. »

Et puis hier soir, j’ai reçu un très joli mail d’Alice, qui m’a redonné la pêche.Pour elle, il est plus facile (et surtout rapide) de faire exploser le système de l’intérieur que de changer le système : 

« Si on n’utilise pas la puissance du capitalisme pour résoudre le problème, c’est comme partir à cheval alors qu’on a la voiture… si on arrive à changer (via notre pouvoir de consommateur) ne serait ce que 10% des entreprises, ce serait déjà énorme ! »

Elle ajoute : 
« De manière générale l’anxiété mène principalement à la procrastination et à la peur de l’avenir qui déjà par ailleurs est bien présente en France et nous freine énormément… »

Ce qui me permet de placer en douce cette citation du philosophe Alain qui devrait te donner du grain à moudre pour le reste de ton dimanche : 

« Le pessimisme est d’humeur; l’optimisme est de volonté. Tout homme qui se laisse aller est triste… »

DES SOLUTIONS POUR CONTINUER SUR CETTE NOTE POSITIVE 

Alors il y a par exemple la Convention  citoyenne pour le climat. Des citoyens tirés au sort, comme pour un jury d’assises, qui passent leurs week-end à écouter des experts et des témoins, pour bien comprendre le problème (ça va de scientifiques à Nicolas Hulot, en passant par des leaders des gilets jaunes).

Ils proposeront début 2020 une série de propositions qui devraient déboucher sur une loi. Un exercice d’intelligence collective exemplaire. Parce qu’il est autant pédagogique que mobilisateur. Peu de médias en parlent. Et c’est dommage.

J’ai déjeuné avec l’un des artisans de ce projet, Loïc Blondiaux,  sociologue brillant et très engagé sur ces questions de démocratie participative. Il m’a dit (je synthétise) :  

« Je sais que beaucoup de gens pensent que c’est de l’enfumage, mais moi je me suis dit : si je n’essaie pas d’en faire un succès alors qui le fera ? Il y a un moment où il faut savoir quitter le confort du scientifique et essayer de faire les choses ».  

Lire l’article du Monde (6mn)

Sinon il y a cette douche du futur, inventée par des ingénieurs toulousains, qui recycle sa propre eau. Elle permet de passer de 15 litres à 5 litres par jour.  Simon Buoro, l’un des trois ingénieurs qui ont travaillé sur cette douche, regrette  que les problématiques écologiques ne soient pas suffisamment prises en compte dans l’enseignement alors qu’elles sont centrales dans les innovations d’avenir.

Écouter la chronique d’Emmanuel Moreau (2mn)

Et puis il y a cette initiative qui m’interroge un peu. Un Français très innovant a mis au point une machine qui transforme les déchets plastiques en essence ou en diesel. Bon alors c’est cool pour la pollution plastique, mais en même temps ça produit de l’essence, donc du gaz carbonique. Dissonance cognitive à fond. 

Voir la vidéo (2mn)

LES PODCASTS À EMPORTER

J’ai adoré ce podcast du correspondant de RTL aux États-Unis, autant sur la forme (très personnelle) que sur le fond. Il propose de comprendre Donald Trump, à travers la lecture du libre « l’art du deal » . Fascinant.

Écouter le podcast (15mn)

Il y a aussi cet entretien avec le chercheur Denis Lacorne, sur l’idéologie de la « start-up nation » en France. Promue par Emmanuel Macron, qui compare parfois son accession au pouvoir à une sorte de « disruption du système », comme on dit chez les startupers, cette fascination pour la Silicon Valley remonterait en fait au Général de Gaulle.

D’ailleurs, connais-tu la vraie signification du mot start-up ?Son origine remonte aux années 20. Elle désigne les entreprises en « démarrage ». Et a toujours été liée aux révolutions technologiques. 

LES VIDÉOS QUE TU NE TROUVERAS SUR LA PAGE « TENDANCES » DE YOUTUBE

Cette animation de la Nasa réussit en une minute à te faire sentir tout petit et à te demander : mais quand même, est-il possible d’avoir autant de systèmes solaires juste dans notre galaxie sans qu’il y ait de la vie sur d’autres planètes ? Hein ?

Voilà. Je te laisse avec ça. 

Voir la vidéo (1mn)

Sinon, dans la série « l’intelligence artificielle fait des trucs de ouf, mais un peu flippants en même temps », cette vidéo t’explique comment tu peux désormais cloner la voix de n’importe qui, en l’écoutant parler quelques secondes, puis lui faire dire ce que tu veux. Impressionnant.

Voir la démonstration, en anglais (5mn)

Alors la vidéo ne l’explique pas bien, mais le projet vient d’une équipe de recherche de Google. En fait celle qui avait fait le buzz en 2018 avec cette démo d’un robot qui parlait à ta place au téléphone pour prendre un rendez-vous.  

Tu peux jouer avec tout ça ici.

Pour terminer, cette vidéo relaxante, d’une voiture robot qui apprend à se garer. Spoiler : elle réussit au final, mais après avoir embouti 200.000 fois les autres voitures du parking, plus une barrière. Elle te permettra de comprendre que l’intelligence artificielle n’a rien à voir avec l’intelligence humaine. Les robots sont très cons. C’est juste qu’ils réfléchissent plus vite.

Voir la vidéo et se moquer  (11mn)

LE PROJET À SOUTENIR 

Alors c’est une maison d’édition française qui a trouvé une façon assez originale de se réinventer. « Les moutons électriques » te propose de débloquer ses livres sur le site de financement participatif Ulule.  Des projets originaux et passionnés, des oeuvres de maîtres méconnus de la science-fiction française. Mais qui nous parlent finalement de notre futur. Les soutenir c’est aider une aventure de 15 ans, et permettre à un éditeur de continuer à imprimer des livres et à faire rêver les gens…

Tu peux soutenir toi aussi l’industrie du papier ici (8mn)

PARTICIPE !

Ce rendez-vous du dimanche, mi-humain, mi-robot, on le construit ensemble.

A l’origine de ce rendez-vous, une envie de co-construire avec nos abonnés un format de média qui allierait intelligence artificielle et intelligence humaine pour mieux nous informer tout en nous interrogeant sur la façon dont nous nous informons. 

Tu peux me parler directement en répondant à ce mail (ou en m’écrivant à benoit@flint.media). Je réponds à tout le monde ! 

Et si tu souhaites te désabonner de ce rendez-vous expérimental il te suffit de cliquer ici !

Belle semaine et merci !

Benoît 

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